Le dispositif ESPrévE décrit par l’ARS
Dans son article consacré à la prévention en Ehpad, l’ARS Hauts-de-France présente un dispositif régional d’accompagnement des établissements. Elle rappelle : « En 2019, pour la première fois en France, l’Agence lançait les ESPrévE, des équipes composées d’ergothérapeutes, de psychomotriciens, de diététiciens et d’enseignants en Activité physique adaptée (APA), spécialisées en prévention en EHPAD ». Cette composition est celle que l’ARS décrit pour les ESPrévE de la région.
L’ARS décrit ainsi leur rôle : « accompagner les 585 EHPAD des Hauts-de-France sur leurs thématiques de prévention prioritaires : la chute, l’hygiène bucco-dentaire, la douleur, l’ostéoporose, les complications liés à Parkinson, la contention, les addictions et la nutrition ». Pour un établissement de la région, cette liste de thématiques peut servir de point de départ pour situer ses propres sujets de prévention.
L’article présente par ailleurs ces éléments :
- « Soutenir et accompagner les équipes et notamment le médecin coordonnateur, dans une démarche globale de prévention »
- « Contribuer à la prévention individuelle et collective en aidant les professionnels à se former et développer des actions et des outils »
- « Prévenir l’aggravation des conséquences des maladies sur les actes de la vie quotidienne et, par ricochet, sur le bien-être et l’état de santé général des résidents »
La première de ces formulations nomme le médecin coordonnateur parmi ceux que les ESPrévE soutiennent. La lecture qui en est faite ici pour l’IDEC, qui travaille avec lui, est une lecture propre à cet article : elle est développée plus bas, dans la partie consacrée aux pistes.
Autodiagnostics et plans d’actions
L’ARS écrit que, grâce à leur accompagnement, « fin 2025 on compte 86% des EHPAD de la région ayant réalisé un autodiagnostic et 80% ayant élaboré un plan d’actions prévention avec une ESPréVE ». Deux démarches sont donc distinguées dans cette phrase : l’autodiagnostic d’une part, le plan d’actions de prévention d’autre part.
Ces pourcentages sont régionaux : ils concernent les établissements des Hauts-de-France et ne se généralisent pas au niveau national. Pour une IDEC, ils peuvent simplement servir de point de repère pour se demander où en est son propre établissement dans ces deux démarches.
Financement et actions impulsées
Selon l’article, « l’ARS Hauts-de-France a attribué fin 2025 3,6 millions d’euros pour permettre aux EHPAD de la région de renforcer leurs démarches de prévention ». L’ARS ajoute que 1365 actions de prévention ont ainsi été impulsées en EHPAD.
Ces actions portent, d’après l’ARS, sur des thématiques aussi diverses que la promotion de l’activité physique, la prévention des chutes, de la dénutrition, des troubles de la déglutition, de la gestion des troubles cognitifs par des interventions non médicamenteuses, etc.
L’ARS précise enfin : « Outre la mise en œuvre de ces actions, l’objectif partagé de cette démarche est d’intégrer la prévention dans les pratiques quotidiennes des équipes, au bénéfice de la qualité de vie et du bien vieillir des résidents en EHPAD. » Le montant et le nombre d’actions sont des données régionales, à lire comme telles.
Une recommandation de référence : le volet Ehpad de l’Anesm
L’article de l’ARS n’est pas le seul repère utile à l’IDEC. Le volet Ehpad de la recommandation de l’Anesm sur le repérage des risques de perte d’autonomie, hébergé sur le site de la HAS, est un texte de référence à lire en tenant compte de sa date de publication, indiquée sur la page de la HAS. Il indique que, « même au grand âge, des actions de prévention de la perte d’autonomie voire de son aggravation peuvent être mises en place y compris en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ».
Sur le rôle du médecin coordonnateur, la recommandation précise qu’à l’arrivée en Ehpad, le résident doit bénéficier d’une évaluation gériatrique standardisée coordonnée par le MEDEC. MEDEC désigne ici le médecin coordonnateur. Le texte décrit aussi un personnel médical et paramédical composé d’un Médecin coordonnateur (MEDEC), d’un Infirmier coordinateur (IDEC), d’Infirmiers diplômés d’état (IDE), d’Aides-soignants (AS), d’un cadre de santé, entre autres professionnels.
Le texte, consacré au repérage des risques de perte d’autonomie, affirme également : « Tous les professionnels présents au sein de l’Ehpad doivent participer, à leur niveau d’observation, à ce repérage. »
Sur le partage de ce qui a été repéré, la recommandation indique : « La formalisation du partage des informations, de ce qui a été repéré (transmissions écrites, voire orales, analyses partagées en équipe, etc.), permet une prise en compte rapide et coordonnée de la perte d’autonomie ou de son aggravation par les professionnels de l’établissement. » Elle rappelle aussi que « Le médecin coordonnateur, comme le directeur, n’a pas cette relation duelle avec chaque résident mais une responsabilité vis-à-vis de la collectivité des résidents. »
Des pistes pour l’IDEC, avec le médecin coordonnateur
Les pistes qui suivent sont propres à cet article : elles ne sont ni des consignes de l’ARS ni des recommandations de la HAS. Elles s’adressent à l’IDEC, qui travaille avec le médecin coordonnateur. Pour la fonction elle-même, voir le guide du métier d’IDEC.
- Piste : partir de l’existant. Reprendre la liste des thématiques citée plus haut et noter, pour chacune, ce que l’établissement fait déjà, ce qui est documenté et ce qui ne l’est pas. Ce relevé peut être fait avec le médecin coordonnateur lors d’un point d’encadrement.
- Piste : un temps d’échange pluridisciplinaire. Prévoir un temps régulier où les soignants et les autres professionnels de l’établissement exposent ce qu’ils ont observé chez les résidents, avec une trace écrite conservée dans le dossier de l’établissement. Quand une observation évoque un comportement préoccupant ou un risque de maltraitance, voir la procédure sur les signaux de maltraitance.
- Piste : rattacher la prévention aux procédures existantes. Un thème de prévention gagne à être relié à une procédure déjà connue des équipes ; pour les soins cutanés, voir la procédure de prévention des escarres.
- Piste : suivre les actions dans un tableau. Un tableau par thématique, avec le porteur de l’action, la date de la prochaine revue et le professionnel qui rend compte à l’équipe, permet de garder une vision d’ensemble sans multiplier les documents.
- Piste : repérer les besoins de formation. Parmi les thématiques relevées, identifier celles pour lesquelles l’équipe exprime un besoin de formation, puis voir les formations proposées sur le site.
- Piste : pour un établissement de la région, se rapprocher de l’ESPrévE qui l’accompagne. S’informer auprès d’elle sur l’autodiagnostic et le plan d’actions de l’établissement est une démarche possible.
Ces pistes restent des suggestions d’organisation. Leur choix, leur ordre et leur calendrier dépendent de la taille de l’établissement, de ses équipes et de ses priorités ; elles se décident entre l’IDEC, le médecin coordonnateur et la direction.
Lire ces données avec prudence
Trois précautions de lecture s’imposent. Les chiffres de l’article de l’ARS sont propres aux Hauts-de-France et ne se généralisent pas au niveau national. Ils décrivent le déploiement d’un dispositif et des actions financées ; ils ne constituent pas une évaluation de leurs résultats. Enfin, la recommandation de l’Anesm est un texte de référence dont la date de publication est indiquée sur la page de la HAS : elle se lit en tenant compte de cette date.
Pour l’IDEC, l’intérêt de ce rapprochement tient surtout à la méthode : partir d’un état des lieux, partager ce qui est repéré avec le médecin coordonnateur et avec l’équipe, puis suivre les actions dans le temps. Cette méthode est une lecture propre à cet article.
